Le carburant et la faim
Rl. Quand on prend de l’essence, on ressent un certain malaise depuis que l’on sait que sont ajoutés des biocarburants à l’essence. La discussion à propos de l’environnement et de la faim a pris un tournant dramatique.
Il y a encore deux ans, le bioéthanol avait la réputation d’être un carburant écologique par excellence. Le débat sur les gaz d’échappement, sur les particules de suie et sur l’effet de serre atteignait alors son apogée, le fait de remplir le réservoir avec du biocarburant était considéré comme une véritable alternative. C’était, il y a deux ans. Depuis, de grands consortiums se sont formés, voués entièrement à la production de biocarburants. La hausse aggravante des prix des carburants fossiles et les subventions accordées par l’Etat pour les biocarburants ont donné l’impression que ceux-ci devenaient toujours meilleur marché.
Aujourd’hui, on en sait davantage. Les biocarburants ne sont pas plus écologiques que les carburants fossiles quand on prend en considération tous les facteurs qui jouent un rôle dans la production. Ce qui est encore plus grave, c’est le fait que sur notre terre seulement 11% de la surface soit cultivable et que nous ayons commencé à cultiver cette surface avec des plantes destinées à la production de carburant au lieu de l’exploiter pour des plantations nécessaires à l’alimentation. On sait que la hausse des prix des denrées alimentaires est due entre autres à cela. On sait que le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté. Cent millions de personnes se sont ajoutées aux 850 millions souffrant déjà de malnutrition. Ainsi, 950 millions d’individus n’arrivent pas à manger à leur faim!
Ceci s’est développé plus fortement que certains le pensent. Un tiers (138 millions de tonnes) du maïs produit aux USA est utilisé pour la production de biocarburants. Cette quantité suffirait à nourrir les affamés d’Asie et d’Afrique! Pourtant, cette quantité suffit juste à couvrir 3% de la consommation d’essence aux USA. L’UE s’était mise d’accord, il y a un an environ, pour fixer à 10% le taux de biocarburants dans l’essence.
La culture de biocarburants n’a en général pas lieu dans les Etats consommateurs mais dans les nouveaux pays industrialisés ou du tiers-monde, donc dans les pays où les hommes souffrent de la faim. Cela veut dire qu’à côté des champs de soja, de canne à sucre et de maïs, les gens meurent de faim.
Si l’on se rend compte que la consommation d’essence de nos voitures (quatre-quatre climatisées) est directement responsable de la faim, on se met à réfléchir. Dans les années soixante-dix déjà, on a parlé de voitures à trois litres – et où en sommes-nous? Et l’extension des transports en commun? Et l’initiative des Alpes?
Nous sommes tous concernés par la question de savoir comment résoudre les problèmes actuels. Les individus en tant que consommateurs, l’Etat avec ses directives, sa politique fiscale et avant tout avec ses plans contre-productifs de privatisations des chemins de fer, mais aussi l’industrie qui doit trouver des approches de solutions pour remédier à la «crise de l’énergie». Il existe beaucoup de propositions: la société à 2000 watts, l’extension du réseau public, la voiture économique, l’encouragement de l’énergie solaire etc. … Un moratoire comme l’a proposé Jean Ziegler nous donnerait du temps.
Ce dont on n’a pas besoin, ce sont de beaux discours rhétoriques comme: «Nous cultivons seulement les terres en friche» ou des discours troyens comme «Avec des plantes génétiquement modifiées, on avance maintenant.»
Il est inadmissible qu’une partie de l’humanité meure de faim afin que nous puissions rouler avec nos voitures!
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